11/30/2006

Le Père Laval et les laïcs

Port-Louis, île Maurice, 1843. Le P. Laval appelle et forme des laïcs pour une mission de pionniers qui a implanté l’ÉgliseLe P. Laval arrive à l’île Maurice le 13 septembre 1841.
Aussitôt lui est confiée la Mission des Noirs. À cette époque, l’ambiance était telle que lorsqu’un prêtre s’occupait des Blancs, les Noirs ne s’adressaient pas à lui, et inversement.

Le P. Laval se retrouve bien seul dans son travail. Les circonstances l’amènent à s’adjoindre très vite des laïcs.

En janvier 1843, lui est confié en plus l’enseignement religieux de 400 garçons et filles d’un pensionnat et le service de vicaire, une semaine sur trois. Comment faire pour l’accueil des Noirs qui passent à longueur de journées, dans sa maison en bois ? Il remarque, parmi les nouveaux chrétiens, Édouard Labelle, un créole (descendant d’esclave) seychellois. Il le forme et l’établit comme catéchiste dans son pavillon. C’est un succès.

Dès lors le P. Laval n’a qu’un souci : trouver des catéchistes. Un soir en entrant dans la cathédrale pour le catéchisme, il remarque un homme portant une grosse corde comme ceinture, qui est en prière. Une intuition le traverse : " Voilà un homme qui pourra me rendre de grands services ! " II ne lui dit rien. Il le prépare au baptême, en lui apportant une grande attention. Puis il l’emmène avec lui visiter les gens. Trois ans plus tard, il lui dit : " Émilien, suis Dieu et suis-moi ! " C’est Émilien Pierre, le plus grand catéchiste du P. Laval. Il est envoyé dans de nombreux coins de l’île pour préparer le chemin des missionnaires ou pour les épauler. Il forme d’autres catéchistes.

Une deuxième circonstance. La fille d’un Noir libre (qui n’était pas esclave), Phanie Desfossés, habite à quelques kilomètres de Port-Louis, la capitale. Elle vit sa foi avec ferveur. Phanie désire enseigner le catéchisme aux gens de son village. Le P. Laval accepte. Elle les rassemble, dans le fournil de son père, qui est décédé. Face au succès, le P. Laval vient un jour, en apportant une nappe qu’il étend sur la table, des chandeliers, un crucifix et une statue de la sainte Vierge qu’il place dans la gueule du four. Il bénit cette pièce qui devient la première chapelle du P. Laval.

À cette époque, son catéchisme a tellement de succès que la population de nombreux villages éloignés vient jusqu’à Port-Louis pour se faire instruire et assister à la messe. Les familles qui ont les moyens viennent s’installer quelques années à la ville, pour que leurs enfants soient catéchisés et baptisés. Avec l’expérience de Phanie Desfossés, le P. Laval comprend qu’il faut aller chercher les gens chez eux, en construisant des chapelles dont un catéchiste a la responsabilité.

À partir de ce moment, des chapelles surgissent partout.

Le P. Laval constate, lorsqu’il se rend auprès des mourants, que ceux-ci ne connaissent rien de leur religion. Il confie à des chrétiennes de s’occuper des malades, de leur apprendre les rudiments de la foi et de les préparer à recevoir le sacrement des malades. Elles deviennent aussi catéchistes.

Les deux plus célèbres sont Ma Céleste et Joséphine François. Pendant plus de 20 ans, Ma Céleste enseigne des malades ignorants. Quand elle vient chercher le P. Laval, c’est pour passer chez 4 ou 6 personnes pour leur donner le sacrement des malades.

Joséphine François habite dans un quartier au sud-ouest de Port-Louis où sont entassés dans des baraques de nombreux pauvres. Elle visite les malades et a un charisme de réconfort. Des familles riches lui demandent de venir réconforter leurs malades. Elle a aussi la charge d’une chapelle avec son mari.Grâce à eux la foi chrétienne s’est répandue dans toute l’île.Grâce à vous les laïcs, la foi chrétienne peut demeurer vivante et s’étendre même s’il n’y a qu’un petit nombre de prêtres.

Courage, ne désespérons pas !

P. Louis Verchère

Jacques-Désiré Laval, un homme à suivre

Toutes races, professions, religions confondues, des milliers de croyants prient toute l’année auprès du Père Laval à Sainte-Croix. Gestes de foi impressionnants !

Port-Louis, 8-9 septembre 2006. Plusieurs centaines de milliers de Mauriciens de toutes religions se pressent autour de l’église Sainte-Croix pour le pèlerinage annuel auprès du Père Laval.

Mgr Piat préside la messe télévisée de 20 h. Il lance, en créole, un vibrant appel pour la solidarité envers les plus démunis, affirmant qu’elle est un devoir de chaque citoyen et non une option. Il demande un soutien impératif aux petites entreprises, une éduction solidaire basée sur un système d’entraide à la place d’une compétition féroce, et un plus grand respect pour les sidéens dans l’éducation et la santé.

Le Père Laval est d’abord médecin chez lui, en Normandie. Spiritain, il travaille à l’île Maurice de 1841 à 1864. Il prend en compte la langue des anciens esclaves et pousse les auxiliaires laïcs à prendre part à son action d’évangélisation. Il meurt épuisé le 9 septembre 1864 à Port-Louis. Le soir de sa mort, une foule nombreuse porte son corps depuis la cathédrale jusqu’à Sainte-Croix où il avait exprimé le désir d’être enterré. Au jour anniversaire de sa mort, une foule encore plus nombreuse refait le même parcours. Depuis, tous les ans avec, chaque fois, plus de monde. Le 22 juin 1972, Paul VI proclame l’héroïcité des vertus du Père Laval. Le 29 avril 1979, Jean-Paul II le proclame Bienheureux.

" Le secret du zèle missionnaire de l’apôtre de Maurice, déclare-t-il, nous le trouvons dans sa sainteté, dans le don de toute sa personne au Christ, inséparable de sa tendresse pour les hommes, surtout les humbles et les plus démunis. Ses paroles toutes simples leur allaient droit au cœur, parce qu’elles venaient d’un cœur modelé sur celui du Christ et rempli d’amour pour eux. Cet amour des pauvres a inspiré toute son action.

"En 1976, M. Domenico Mazzone réalise un buste du Père Laval. Sculptée sur le socle en bois, une croix. S’y accrochent 3 anneaux éclatés, ouverts. Symboles de l’action de libération de l’esclavage réalisé par celui que l’île entière appelle, à la suite du cardinal Margeot, " l’apôtre de l’unité mauricienne dans sa diversité culturelle, raciale, sociale et religieuse ".

Que viennent chercher, aujourd’hui, ces milliers de pèlerins auprès du Père Laval ? Réponses : " la force d’affronter les problèmes de la vie ", " le courage de supporter les souffrances qui ne peuvent guérir ", " la lumière de l’esprit pour guider nos enfants "…
Chaque semaine, près de 6 000 lumignons illuminent son caveau.

" À travers la prière et par l’intercession du P. Laval, beaucoup de malades du corps, de l’esprit et du cœur ont trouvé le chemin de la guérison ", écrit L’Aurore, le magazine de la Mission catholique chinoise (n° 116, sept. 2006).

Une réalité, une évidence que les croyants se redisent les uns aux autres. Le Père Laval continue aujourd’hui de faire du bien. Un fait qui incite celles et ceux qui continuent sa mission d’évangélisation à sortir, à sa suite, les plus pauvres de situations indignes de l’homme.

Louis Verchère

9/15/2006

Shame !

Vif mécontentement de la part de nombreux pèlerins à la sortie de Ste-Croix dans la nuit du 8-9 septembre. Bousculade et accrochage verbal entre passagers, receveurs d'autobus individuel, de la United Bus Service et des policiers auraient pu dégénérer sans l'appel au calme de certains.

La raison : le manque de coordination entre les différents services pour assurer le retour des pèlerins de Ste-Croix vers les gares du Nord et Victoria. Concurrence oblige, certains opérateurs d'autobus ont permis à des passagers au milieu de la file d'attente de prendre place dans leur véhicule, et ce au grand dam de ceux qui attendaient bien avant eux et qui faisaient la queue tranquillement depuis de longues minutes. Tout cela avec la «bénédiction» des policiers qui, au lieu de prendre les actions adéquates pour arrêter cette pratique, l'a laissé perdurer au détriment de ceux qui, par respect et en personnes civilisées, faisaient la queue.

Cette situation a incité d'autres personnes, en fin de file, à envahir les autobus en stationnement avant même qu'ils se placent sur l'arrêt temporaire prévu à cet effet. La grogne était générale et c'est en jouant des épaules et des reins que certains ont pu prendre place dans un bus, avec tous les inconvénients que cela a pu causer.

Ces incidents, déplorables certes à la suite d'un pèlerinage, auraient pu être évités s'il y avait eu une meilleure coordination entre les différents services responsables d'assurer le retour des pèlerins chez eux. Un manque de leadership s'est fait sentir, malgré la présence de quelques hauts gradés de la force policière, rapidement dépassés par les événements. Honte à ceux qui n'ont pas su attendre leur tour en respectant ceux qui ont fait tranquillement la queue pour prendre le bus. Ce genre d'attitude est très éloigné de ce qu'on pouvait espérer des personnes revenant d'un pèlerinage.

La Vie Catholique

Camelote en tous genres


Comme chaque année, le pèlerinage au tombeau du père Laval a attiré son lot de marchands vendant toutes sortes de produits. Hormis les traditionnels marchands de fleurs et de bougies, des gadgets lumineux, des cadres photos avec l'effigie de l'apôtre des Noirs, on a dû compter aussi ceux qui vendaient des boissons alcoolisées, et cela malgré l'interdiction. Un marchand, très prévoyant, n'a rien trouvé de mieux que de proposer des articles...pour Noël !

La Vie Catholique

Mgr Piat : «A la suite de Jésus-Christ et du Père Laval, servez votre pays»

Cette année, la traditionnelle messe télévisée du Père Laval a été concélébrée par le père Vincent Jauffriot, arrière-arrière-arrière-petit-neveu du Père Laval, et ce, en présence d'autres membres de sa famille. Malgré le froid et la petite pluie fine, une grande foule s'était déplacée à Sainte-Croix. «N'hésitez pas à suivre l'exemple de Jésus-Christ et du Père-Laval», a déclaré Mgr Maurice E. Piat.

Dans son homélie, Mgr Piat a invité l'assistance à ne pas demeurer insensible aux difficultés qui guettent le pays : insécurité créée par la violence ; échec scolaire ; familles éclatées ; enfants de rue ; l'enfer de la drogue et du sida, entre autres. D'où l'importance de se nourrir de l'histoire du Christ et de celle du Père Laval, a-t-il affirmé. Ces derniers, sensibles aux difficultés de leur époque - injustice, corruption, situation sociale tendue - ont pris la décision d'aimer leur peuple fidèlement et ce jusqu'au bout. En quittant confort, statut et profession pour être en empathie avec les opprimés. Leur but était de les empower, rappelle-t-il. «Seul l'amour gratuit, patient, fidèle et désintéressé peut rassembler les gens... Et c'est un amour qui engendre la paix.»

«Vous devez être animés par ce même amour», a précisé l'évêque, afin de pouvoir descendre sur le terrain et aller à la rencontre des enfants analphabètes ; des sidéens et séropositifs ; des sans-abri ; des drogués ; des victimes de la violence. «Pa zis desann, me refiz soutire, refiz capris dimounn.» L'évêque a félicité ces ex-drogués qui, aujourd'hui, aident ceux tombés dans l'enfer de la drogue ; ces séropositifs qui aident d'autres sidéens à vivre leur maladie ; ceux ayant connu des difficultés scolaires et qui se mettent à la disposition des recalés, entre autres.

9/11/2006

Les fidèles venus nombreux malgré le mauvais temps

Père Laval, messe hier soir

Comme c'est le cas depuis 142 ans, les pèlerins sont venus nombreux encore cette année prier le père Laval, à Sainte-Croix. Poussés par leur ferveur, ils ont assisté à la messe de 20h30 en dépit de la froidure de la soirée et de grosses pluies intermittentes.

Un sketch sur l'arrivée de Jacques Désiré Laval, le médecin devenu prêtre pour ensuite consacrer sa vie au peuple de cette île si éloignée de son pays natal, a ouvert la messe. L'on a montré, à travers cette mise en scène dont l'animation vocale a été assurée par l'abbé Jean-Maurice Labour, la situation difficile de Maurice lorsque débarqua le missionnaire français. " Aujourd'hui encore, à Rodrigues comme à Maurice, la société est dans une situation difficile : alcoolisme, drogue, sida etc. Mais il ne faut pas baisser les bras ", devait dire Jean-Maurice Labour.

De son côté, Mgr Maurice Piat, l'évêque de Port-Louis, a, dans son homélie, invité les Mauriciens à suivre l'exemple de père Laval et de Jésus. En dépit du contexte difficile dans lequel ils ont été appelés à offrir leur service, le père Laval, tout comme Jésus ont fait le choix d'aimer le peuple malgré sa corruption. " Jésus savait bien que les autorités voulaient l'éliminer, qu'un de ses apôtres allait le trahir et qu'un autre allait le renier. Mais il a fait le choix d'aimer ce peuple. De même le père Laval, quand il a vu la situation d'injustice et d'oppression à Maurice, par fidélité et par choix il a décidé d'aimer les Mauriciens. " Mgr Piat a indiqué que le père Laval a débarqué dans une indifférence totale mais qu'au moment de sa mort, il fut accompagné de 40 000 personnes de la Cathédrale St-Louis à Ste-Croix.

Invitant les Mauriciens à suivre le chemin de l'apôtre des Mauriciens, il devait le décrire comme quelqu'un s'étant sacrifié pour aider les autres. " Il a quitté sa profession de médecin alors qu'il était issu d'une famille plutôt aisée. Il a recommencé ses études pour devenir prêtre après quoi, il a quitté son pays pour venir habiter à Maurice dans une petite cabane et se mettre au même niveau que les petites gens. " Toutefois, poursuit-il, " père Laval leur a fait comprendre qu'eux aussi se devaient de rendre service aux autres. Il a d'ailleurs reçu beaucoup d'auxiliaires ".

Évoquant les " épreuves difficiles " par lesquelles passe le pays en ce moment - vol, viol, problèmes économiques, violence, enfants de rue et drogue - il a déclaré que " quelle que soit notre religion, nous ne pouvons y rester insensibles ". Il faudrait selon lui, d'abord " aimer notre pays comme l'a fait Père Laval, aimer nos frères et sœurs indépendamment de sa race ". Ensuite, comme un message aux décideurs, " nous devons descendre de nos trônes pour aller à la rencontre des enfants qui ne savent lire, les malades du sida, les sans-abri, les drogués ". " Même si nous n'en avons pas l'occasion, il faut au moins nous y intéresser. " Il a, en outre, demandé aux Ong de ne pas hésiter à faire appel au service des membres de la société civile et des jeunes. Il a ensuite remercié les "enfants de Père Laval" qui se consacrent déjà aux souffrances de ceux qui sont dans la détresse.

La messe a été animée par la chorale de la cathédrale Saint-Louis. Rappelons que ce matin, à 10 h, une messe sera célébrée par l'abbé Jacques-Henri David à Ste-Croix.

Pèlerins : " Chaque année, sans faute "

R. S., la cinquantaine, est venue de Flacq avec son mari, assister à la messe d'hier soir. Ils ont quitté Flacq à 17h pour arriver à Ste-Croix à 18h40. Ils ont voyagé par le bus, comme tous les ans, surtout depuis que le mari a eu un accident de moto il y a quinze ans.

" Aujourd'hui, jour pour jour, cela fait quinze ans. Mon époux était grièvement blessé et ne pouvait marcher pendant cinq ans. Nous avons prié le père Laval et y sommes venus souvent. Il a beaucoup fait pour nous. Aujourd'hui, nous sommes venus le prier encore ", confie notre interlocutrice.

T.H, 55 ans, est de Belle-Étoile. Elle est venue en famille. " Nous venons ici chaque année sans faute. J'ai beaucoup de foi dans le père Laval. Ma fille est handicapée. Père Laval m'a aidée à accepter son handicap. "

Le Mauricien, Le 9 septembre 2006

Au chevet du Père Laval

Ils affluent. Des milliers d’anonymes venus de toutes les localités. Bravant la pluie fine parfois forte, le vent glacial qui vous perce les tempes. Avec la même ferveur, leurs pas les ont menés au tombeau du Bienheureux Père Laval. C’était hier soir à Sainte-Croix. Moments d’humanité.

«Ayo depi mo vini, mo senti tou mo douler finn ale.» L’histoire de Geeta Jhuree, est celle de nombreux pèlerins. Affligés de souffrances physiques et morales, ces hommes et femmes éprouvés dans leur chair, cherchent le réconfort dans l’effort.

Marcher. Que ce soit en voisin venu de Sainte Croix. Ou de Port-Louis où ils sont descendus après un long trajet en bus de Grand-Gaube, Mare-d’Australia ou Bel-Ombre. Toujours est-il que c’est dans les kilomètres qui s’enchaînent, dans la lutte contre les intempéries que les pèlerins tirent leur satisfaction.

Rester à la maison un 8 septembre ? Impensable pour Denise Fourneau. «Mo pou fatige, mo pou strese.» Qui a dit que le home sweet home c’était fait pour ne plus penser à rien. Comment? Ne pas penser à prendre son parapluie, son gros pull, ses gouttes pour les yeux, un fichu pour ses cheveux, le livre de prière et un paquet de biscuits Marie, «pou mo ti zanfan ki finn vinn ar moi kapav manze».

Malades, les pèlerins ont des égards pour le prêtre béatifié comme ceux que l’on a pour quelqu’un qui serait en mauvaise santé. Car à son chevet, ils font silence. Des panneaux placés bien en évidence font passer le message haut et fort. Le service d’ordre est lui aussi bien visible, qu’il soit volontaire ou policier.

Avec des gestes étudiées, on s’approche pour tendre sa bougie, son petit bouquet de fleurs au préposé qui se charge de mettre en contact ces objets avec le gisant du Père Laval.

Comme des cadeaux que l’on porte à un malade, ces objets ont une double portée : faire plaisir à celui qui «reçoit» et soulager celui qui offre. Lui donner la sensation d’avoir tout fait dans les normes.

La «norme» : surtout ne pas rater le pèlerinage. Aucune excuse n’est admise à part un cas de force majeure. Une visite au sanctuaire qui prend aussi des allures de délivrance. Comme celle vécue par Roselyne Lefort de Grand-Gaube.

Pendant 24 ans, sa vie a été celle de la mère d’une fille atteinte d’un handicap physique. «Mo pa ti kapav sorti ditou, ti bizin okip li». Et puis, voilà trois ans, la fille de Roselyne décède. C’est sûr, la peine est là. L’absence de l’être cher est là. Mais depuis trois ans, c’est aussi à un autre rythme que vit cette mère. Cela fait donc trois ans qu’elle a repris le chemin de Sainte Croix où elle n’était pas revenue depuis si longtemps.

Bougies et fleurs

Au fil des regards croisés en chemin, la ferveur a tous les visages. Celui de ces adolescentes de Sainte-Croix qui avec leur tante, marchent d’abord jusqu’à Terre-Rouge, pour revenir à pied au tombeau. C’est qu’à 16 ans, les permissions pour sortir sont dures à obtenir pour Davina, Tessa, Karine et Adasha.

Sorte de pendant : les enfants de chœur de Notre-Dame de Fatima. Ces jeunes hommes nageant dans des t-shirt de sport en nylon tiennent un peu gauchement, qui son bouquet de fleurs, qui sa demi-douzaine de bougies. S’ils ont déjà lorgné du côté des marchands de boulettes et de mines qui ont envahi les rues menant au tombeau ( transformant les lieux en sorte de grande kermesse), ces enfants de chœur se tiennent pour l’instant à carreau.

En plus d’être «la communion avec les chrétiens», le pèlerinage est aussi une occasion de se retrouver entre potes, le «fun» d’être en bande, de se taquiner, de se pousser du coude, de «get sa 35 la». Nulle obligation, c’est le «plan» qu’il ne faut pas rater. «J’étais en retard au rendez-vous et les autres n’étaient pas contents», confie Olivier Ami, meneur du ce groupe de Trou-aux-Biches.

Et puis, comme chaque année, il y a ceux qui ont traversé l’océan. Ces «pèlerins» arrivés là par curiosité. Parce qu’ils en ont entendu parler par des proches, des connaissances. C’est le cas de Pradeep Chatterjee. Cet Indien de Delhi, consultant pour le compte de la Road Development Authority (RDA) a entendu parler du pèlerinage par ses collègues de bureau. Alors, avec sa femme Bulbul, ils ont voulu en savoir plus sur ce déplacement de foule.

Père Laval, une vie un exemple

Chargé de l’apostolat des Noirs, le Père Jacques Désiré Laval (1803-1864) fut, pendant les 23 dernières années de sa vie, missionnaire à l’île Maurice. Il quitta Pinterville en Normandie le 23 février 1841, arriva à Londres le 14 mai et s’embarqua, les mains vides, sur le «Tanjore» le 4 juin 1841. Il ne reverrait plus l’Europe. Dès son arrivée il se met à l’apprentissage du créole, enseigne un catéchisme de base et repère parmi les affranchis, un petit groupe qu’il forme pour devenir ses aides. Il fit pour les esclaves, à midi une messe spéciale, du jamais vu à l’époque.

Ce fut considéré comme un acte héroïque. Le Père Laval eut beaucoup de peine à obtenir la permission de laisser entrer les «Noirs» à l’église. La mentalité de l’époque voulait que l’Eglise ne soit pas faite pour «ces» gens-là. Le missionnaire lui, leur rendait visite dans leur hutte, à l’hôpital et en prison. Il guérit physiquement et moralement un peuple de marginaux. Malade à la fin de sa vie et après avoir été frappé par des attaques d’apoplexie, il mourut le vendredi 9 septembre 1864.

Quand le dimanche suivant, à onze heures du matin, on ferma son cercueil, 20 000 personnes avaient défilé devant le corps. Quarante mille personnes l’escortèrent jusqu’à sa dernière demeure. Le Père Jacques-Désiré Laval fut béatifié par le pape Jean-Paul II le 29 avril 1979, en la basilique Saint-Pierre de Rome.

Aline GROËME, l'Express, samedi 8 septembre 2006

9/08/2006

Père Laval : un rassembleur

Une photo de Marie à côté du dieu Ganesh. La photo du Père Laval côtoyant celle de Ram. Ce mélange du genre se voit très souvent dans les cabines d'autobus, plus particulièrement d'opérateurs privés. Des hindous ou tamouls au tombeau du Bx Père Laval. Que faut-il en penser ?

Dans le kalimaye de deux mètres carrés de la famille M, les divinités du panthéon hindou cohabitent avec les images pieuses des saints. Et dans la voiture familiale, saint Christophe partage une place de choix sur le tableau de bord.

Balraj ne voit aucune contradiction dans son attitude religieuse. «Mo prie tou, lance-t-il en guise d'explication. Mo kroir ki zot tou kapav beni mwa.» Des prières que la famille récite matin et soir.

«Mo prie tou»

Chez les A., famille marathie portlouisienne, il est de coutume, chaque année, de marquer certains événements du calendrier chrétien. Entre autres, la participation aux quarante heures et la prière au tombeau du Bx Père Laval, plusieurs jours après la commémoration de l'anniversaire de sa mort. Cette tradition perdure aujourd'hui parmi les enfants mariés, pères et mères de famille.

Ainsi, B., le benjamin des fils, la quarantaine aujourd'hui, fait année après année, le déplacement vers Sainte-Croix.
«J'aime bien le cadre ; il est reposant, propice à la prière et j'ai la conviction que mes prières sont entendues. Au fond, je pense que cette démarche me ramène aussi à l'enfance....» Décortiquer davantage sa démarche lui est difficile.

Un leadership qui marque

Pour le pandit Youdhisteer Munbodh, le «community leadership» des religieux de l'époque coloniale est pour beaucoup dans la démarche plurielle des hindous.

«J'ai fréquenté l'école catholique de Notre-Dame-du-Grand-Pouvoir. Les prêtres et religieuses Filles de Marie, des modèles, m'ont motivé à l'ouverture.»

Au point qu'aujourd'hui, le pandit Mundodh avoue avoir «adopté la pluralité, tout en gardant, avec conviction, son identité religieuse et culturelle hindoue.»

De plus, poursuit notre interlocuteur, «l'hindouisme est une religion tolérante, reposant sur des valeurs démocratiques telles que la liberté des religions et l'ouverture.»

L'école néo-hindouiste qui émerge fait que «sur une même plateforme, on peut trouver les valeurs chrétiennes, bouddhistes...» Une tolérance que notre interlocuteur remonte d'ailleurs «dans le Vasudev Kuttum Nakam, livre védique de l'Inde millénaire.»

L'utilisation de plus en plus répandue de la langue créole par les chrétiens est aussi une des raisons qu'avance le pandit Munbodh pour expliquer l'appropriation de certaines notions chrétiennes par les hindous.

«Le créole a définitivement facilité le passage et permis que des hindous se sentent à l'aise dans les rites chrétiens.»

Pour un plural mind-set

Aujourd'hui encore, cette influence chrétienne est toujours présente dans la vie du pandit Munbodh. Quand il passe devant une grotte, une chapelle ou une église, il ne manque pas silencieusement de réciter le Notre Père appris pendant l'enfance.

Ce «plural mind-set» est, de l'avis de notre interlocuteur, crucial dans un pays de diversité culturelle et religieuse comme le nôtre.
«Si nous voulons renforcer le nation-bui
lding, il ne faut pas avoir peur d'aller vers l'autre. C'est une démarche essentielle à faire pour la stabilité sociale, la paix et l'unité sociale.»

C'est d'ailleurs toujours avec un réel plaisir qu'il enfile kurta et dhoti pour aller prêcher, dans nos églises, l'ouverture et la tolérance.

Ce va-et-vient incessant d'une religion à une autre est le propre de la religion populaire, explique Danielle Palmyre-Florigny, docteur en théologie.

«La religion populaire ne connaît pas de frontière, de cloisonnement et échappe au cadre institutionnel avec ses dogmes définits et ses rites précis... On pourrait dire que le pilier de cette religion est le système de recours. A l'exemple du malade, celui qui pratique la religion populaire va essayer différents rituels, naviguer entre différentes religions, fréquenter la pagode, le traiteur, s'adresser aux divinités hindoues, aux saints chrétiens irrespectivement jusqu'à ce qu'il trouve une solution à ses problèmes.»

Père Laval : un «grand gourou»

Dans ce contexte, le Père Laval a une place particulière dans la religion populaire. Il est un «grand gourou avec des facultés surnaturelles qui émanent du divin», avoue le Pandit Mundodh.
Et Danielle Florigny d'ajouter : «Le Père Laval est aux yeux des Mauriciens un 'saint'. Il est médecin ; donc capable de guérir les blessures et maladies. Il a déjà fait des miracles. Son œuvre à Maurice en fait une figure locale qui attire au point que différentes communautés et religions se l'approprient sans difficulté.»

Peut-on donc parler de syncrétisme ? Une définition d'abord de ce terme d'aprés Théo, l'encyclopédie catholique qui en fait «est une combinaison plus ou moins artificielle et superficielle d'éléments appartenant à diverses doctrines religieuses, combinaison le plus souvent réalisée dans le désir de parvenir à une unification religieuse.»

Le syncrétisme est un terme forgé par les observateurs extérieurs et les autorités des religions instituées, explique Danielle Florigny. Mais si on se place sur le registre anthropologique, la personne est cohérente et logique dans sa démarche. Une démarche liée à l'affectivité, aux expériences qu'elle vit et à sa quête de remède, de solution à ses souffrances et à ses malheurs.

Danièle Babooram, La vie Catholique

Danielle Florigny : «Le Père Laval a fait un remarquable travail social, mais pas une vraie émancipation sociale»

Les Mauriciens, toutes classes sociales confondues, vont se rendre en grand nombre, ce week-end, au tombe au du Bx Père Laval. Le point avec Danielle Palmyre-Florigny, Docteur en théolgie et responsable de l'Institut catholique de l'île Maurice (ICIM).

En quoi peut-on dire que le Père Laval est un modèle pour nous aujourd'hui ?

Je pense, entre autres, à son ouverture ; au fait que sa foi l'ait poussé à la rencontre des autres peuples, alors qu'il était Français.

Il en est de même de sa façon humaine d'aborder sa mission à Maurice. Le Père Laval a pris en compte la langue des anciens esclaves, accomplissant un vrai travail de contact et d'évangélisation.

Il a aussi fait confiance aux laïcs et les a poussés à assumer leurs responsabilités dans les communautés chrétiennes. Nous savons tous le rôle joué par les auxiliaires du Père Laval auprès des esclaves nouvellement affranchis.

Cependant, on pourrait dire que le Père Laval avait une vision du christianisme conditionnée par son époque. Ainsi, l'intérêt pour la culture de l'autre était motivé par le désir d'assurer son salut. Íl n'a pas toujours bien compris la culture des esclaves et condamnait le séga, par exemple.

Il a fait un remarquable travail social sans toutefois œuvrer pour une vraie émancipation sociale. Dans ce sens, sur certains sujets, le Père Laval n'a pas mené une vraie révolution. On pourrait aussi se demander si c'était bien de son charisme et se dire que ce n'est pas possible de tout changer d'un seul coup...

C'est quoi être saint ? Quel message en retenir ?

Un bienheureux, un saint est quelqu'un qui a une relation très forte avec le Christ. Quelqu'un qui vit une dimension d'amitié et de cœur qui débouche sur la transformation de la vie, l'amène à créer de nouvelles relations et à transformer son environnement proche, si ce n'est la société dans laquelle il vit. Ce, par les valeurs de l'Évangile.

Le Père Laval saint. A quand la réalisation de ce rêve ?

Je ne pense pas qu'il faille se focaliser sur ce sujet. La canonisation, c'est la reconnaissance officielle de l'Église du travail du saint et de son impact positif sur une société, un pays. Mon point de vue est que le travail du Père Laval est là. Il attire chrétiens et non chrétiens et donc les fruits de ce travail sont encore bien palpables aujourd'hui. C'est ça l'important.

Danièle Babooram, La Vie Catholique

Pèlerinage Père Laval 2006

"Viv Levanzil o servis Nou Pei"

Des milliers de pèlerins sont attendus à Sainte Croix le week-end prochain à l'occasion du pèlerinage annuel au tombeau du Bienheureux Jacques Désiré Laval. Le thème choisi pour ce pèlerinage 2006 est "Avek Père Laval, viv Levanzil o servis Nou Pei". L'évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, présidera la messe, qui sera télévisée en direct sur MBC 3 à 20h30 vendredi prochain, 8 septembre. Outre cette messe principale, deux autres célébrations sont prévues dans la soirée de vendredi, à 18h00 et 22h30 respectivement. Le lendemain, samedi 9 septembre, sept messes seront dites à intervalle de deux heures à partir de 6h le matin. Celle de 10h sera retransmise en direct sur Radio Maurice. Parmi les autres activités au sanctuaire de Sainte Croix à l'occasion de ce pèlerinage annuel, qui dure désormais plusieurs jours, figure notamment le pèlerinage des handicapés, prévu le samedi 16 septembre de 9h à 15h. Comme c'est aussi toujours le cas chaque année, des Mauriciens de la diaspora, dont ceux de France, d'Angleterre, d'Australie et du Canada, se regrouperont pour célébrer l'Apôtre de l'île Maurice. Dans un communiqué de presse publié en lien à ce pèlerinage annuel, le commissaire de police rappelle que comme lors de ces dernières années, seuls les propriétaires de commerces dûment établis seront autorisés à opérer aux abords du sanctuaire, selon les provisions de leur permis respectif. La police prévient qu'aucun marchand de rue et aucun opérateur de jeux de hasard ne seront tolérés tout au long des rues situées dans le voisinage immédiat du sanctuaire de Sainte Croix. Les forces de l'ordre promettent aussi un contrôle strict sur les heures de fermeture des débits de boissons alcoolisées de la région.

Missionnaire français du 19e siècle, Jacques Désiré Laval (18 septembre 1803-9 septembre 1864) débarqua à Maurice en septembre 1841; soit, une demi-douzaine d'années seulement après l'abolition de l'esclavage. D'abord médecin, il n'exercera que pendant quatre ans avant d'entrer au séminaire. Ordonné prêtre en décembre 1838, il répondra positivement, en 1840, à l'appel de Mgr Bernard Collier, alors vicaire apostolique de Maurice, pour venir particulièrement s'occuper de l'évangélisation des anciens esclaves. Au fil des ans, son tombeau à Sainte Croix est devenu un haut lieu de dévotion populaire. Fidèles catholiques mais aussi autrement croyants viennent depuis des années au tombeau du Père Laval pour confier leurs peines ou pour lui remercier de quelque grâce obtenue. Officiellement, toutefois, la Congrégation pontificale pour la Cause des Saints ne reconnaît, à ce jour, qu'un seul miracle obtenu par l'intercession du Père Laval: celui, en 1923, de la guérison instantanée et inexpliquée d'un certain M. Edgar Beaubois, qui était atteint d'une terrible maladie de la peau. Notons que parmi ceux qui sont venus prier au tombeau du Père Laval à Sainte Croix figurent le Pape Jean Paul II - celui-là même qui l'avait béatifié en 1979 au tout début de son pontificat - et l'Abbé Pierre, lors de la visite de ce dernier dans l'île en 1994.

Esthétique et sécurité pour le Père Laval

Le pèlerinage au tombeau du Père Laval, à Sainte-Croix, sera placé cette année sous le signe de l’esthétique et de la sécurité. C’est en tout cas ce que souhaite Xavier Duval, le ministre du Tourisme. Avec son collègue James Burty David, ministre des Administrations régionales, il supervise les préparatifs. Réparation de routes, installation de mains courantes, mais aussi écran géant et podium : tout a été prévu pour le pèlerinage annuel qui a lieu demain. Il commémore l’anniversaire de la mort de “l’apôtre des pauvres”, Jacques Désiré Laval, disparu le 9 septembre 1864. Cette année, les organisateurs veulent surtout mettre l’accent sur la sécurité. “Il y aura une présence policière constante, pour éviter les abus de drogue et d’alcool notés dans le passé”, insiste Xavier Duval. Il a ainsi prévu la présence de 400 policiers aux abords du lieu de pèlerinage et dans certains quartiers avoisinants. La Special Mobile Force sera aussi présente. Raymond Zimmermann, prêtre responsable du centre de pèlerinage, s’attend à recevoir plus de monde que l’année dernière. Il estime qu’entre 150 000 et 200 000 personnes défileront à partir d’aujourd’hui et durant le week-end. Xavier Duval et James Burty David ont déjà signifié leur intention de s’impliquer davantage dans l’organisation du prochain pèlerinage, en 2007. Ils souhaitent effectuer rapidement un debriefing dès la fin du pèlerinage et passer en revue les mesures qu’il faudra prendre pour l’année prochaine. Mais pour Raymond Zimmermann, on n’en est pas encore là. Le prêtre a rappelé que la “fet Père Laval” est surtout un grand moment de recueillement et de ferveur religieuse.

Article publié dans l'Express, le Vendredi 8 septembre 2006.
Thierry CHATEAU

9/06/2006

Pèlerinage Père Laval

Les 8 et 9 septembre prochains, Sainte-Croix vivra une nouvelle fois au rythme du pèlerinage Père Laval. Les Mauriciens, souvent d’ethnies différentes, viendront se recueillir sur son tombeau comme chaque année. Et cela depuis le 11 septembre 1864, jour où son corps fut enseveli dans la banlieue portlousienne. Le Père Laval, source d’espoir pour de nombreux Mauriciens, reçoit quotidiennement la visite de fidèles qui lui témoignent la reconnaissance d’avoir réalisé des miracles dont des guérisons.

Jacques-Désiré Laval vint au monde en 1803 en France. Bachelier ès lettres et ès sciences, il réalisa des études en médecine. Se lassant vite d’une vie qu’il jugea égoïste, il entra au séminaire en 1835. Il fut ordonné prêtre en 1939. Deux ans plus tard, il s’embarqua pour Maurice : auprès des esclaves, il entrepris l’œuvre de les soigner et de les aider. Lorsque une épidémie de choléra frappa le pays en 1854, il se consacra de toutes ses forces à soutenir les malades. Lorsqu’il mourut le 9 septembre 1864, 20 000 personnes défilaient devant son corps.

Aujourd’hui encore, ils sont des milliers à venir le saluer pour son dévouement à la cause des pauvres. La béatification du Père Laval eut lieu le 29 avril 1979 par Jean-Paul II. “Que l’exemple du Père Laval encourage tous ceux qui, sur le continent africain et ailleurs, s’efforcent de bâtir un monde fraternel, exempt de préjugés raciaux!”, déclara alors le pape.

L'Express

9/05/2006

Pèlerinage à Pinterville






Pinterville, le dimanche 10 septembre 2006

A 110 km de Paris, à 35 km de Rouen et à deux kilomètres au sud de Louviers

Messe en plein air à 11h
video

9/01/2006

Avek Pere Laval, viv levanzil au servis nou pei

Comme chaque année, ils seront des milliers de Mauriciens à converger, dans la nuit du 8 au 9 septembre, vers le tombeau du Père Laval. En lien avec le thème «Avek Père-Laval, viv levanzil o servis nou pei», les organisateurs et ceux qui vont accueillir les pèlerins souhaitent, qu'après le pèlerinage, que ceux qui auront marché ou qui auront prié devant le caveau soient animés du même esprit de service dont a fait preuve le bienheureux Jacques Désiré Laval. Ils proposent comme réflexion cette lettre attribuée au Père-Laval afin que le pèlerinage 2006 soit davantage une démarche de foi qu'une démarche religieuse et qu'il y ait vraiment une transformation dans la vie de tous ceux qui vont y participer.

Vous qui venez en pèlerinage au Caveau du Père Laval, vous avez l'occasion de vivre un temps fort spirituel.

Pour les musulmans, le pèlerinage à la Mecque est un des cinq piliers de l'islam. Pour les hindous, le pèlerinage au Gange ou, à Grand-Bassin, pour les Mauriciens, c'est un moment important dans leur vie de croyant.

Bien des Mauriciens partent pour Lourdes, Fatima, Rome, Jérusalem ou Medjugorje... Plus près de nous, ici à Sainte-Croix, depuis la mort du Père-Laval, les croyants de toute religion viennent prier sur sa tombe.

Le pèlerinage est une démarche qui impose au dévot de quitter sa vie habituelle, sa maison, son travail pour vivre un moment intense avec le Seigneur.

Dès 1875, des pèlerinages étaient organisés à Notre-Dame-de-Montagne-Longue. Ceux qui ne pouvaient y participer demandaient aux pèlerins de prier pour eux là-bas. Cette demande venait de personnes qui trouvaient dans l'attitude et le comportement des pèlerins une profondeur et un témoignage qui donnait envie de leur confier ses propres intentions de prière.

Attentif

Peu de gens, aujourd'hui, nous confient leurs intentions de prière quand nous nous mettons en route vers le Père-Laval. Il serait intéressant de nous poser la question : est-ce que les autres deviennent indifférents ou est-ce que notre comportement de pèlerin ne les pousse pas à se confier à nous ?

Cette année, essayons d'entendre la voix du Père-Laval qui nous invite à entrer dans la mentalité d'un Pèlerin.

Vous vous mettez en route vers mon caveau à Sainte-Croix, vous avez accepté de quitter vos occupations habituelles, votre travail et vos loisirs. Préparez aussi votre cœur pour cette marche, préparez votre cœur à rencontrer le Christ de nouveau et sa croix, lui que je vous montre, lui, vers qui je veux vous conduire.

Faire le pas

En chemin, ne vous laissez pas distraire du but de votre marche : ce n'est pas le moment de remplir votre tente de bazar, d'acheter votre provision de vaisselle plastique ; ce n'est pas le moment de vous asseoir entre amis autour d'un vin, de la bière ou de l'alcool. Marchez ensemble, oui ! Priez ensemble, soutenez-vous par le témoignage du sérieux de votre démarche. Faites les vôtres la peine et la tristesse, mais aussi la joie de l'espérance des autres : n'oubliez pas que le Seigneur s'est engagé à être présent au milieu de vous : «Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux.» (Mat 18, 20)

Quand vous venez à Sainte-Croix, quand vous venez me confier votre prière, c'est à moi que vous parlez, mais c'est vers lui, le Seigneur, qu'aujourd'hui encore, je vous guide ; ma mission continue, pour vous aussi: j'ai à vous conduire vers le Seigneur et vous montrer sa croix.

Pour faire un pèlerinage selon ce qui plaît à Dieu, il vous faut encore faire un pas : bien sûr, en quittant vos maisons pour venir à Sainte-Croix, vous avez franchi la première étape d'un pèlerinage.

Etre témoins

C'est vrai aussi qu'en venant au Caveau, en vous confessant et en participant à la messe, vous avez accompli la seconde étape de votre pèlerinage.

Il vous reste maintenant la troisième ; le retour ! Ne traînez pas en chemin, ne vous laissez pas tenter par ceux qui profitent du 8 au 9 septembre pour s'amuser entre amis... Ce que le Seigneur vous demande, c'est de devenir les témoins des changements que ce pèlerinage a faits en vous ... Pas d'abord en parole, mais par un changement dans votre vie... Peut-être pour certains un changement de vie qui vous comble de joie. Pour les uns, le Seigneur attend un changement dans leur comportement : alcool, violence conjugale, corruption ; pour d'autres dans leurs mœurs : fidélité, union devant Dieu ; pour d'autres dans leur vie de travail : honnêteté et conscience professionnelle. Pour d'autres enfin, dans leur vie de foi : participation à l'eucharistie et prière en famille.

A tous, bon Pèlerinage.

Père Jacques Désiré Laval

La Vie Catholique, 7 septembre 2006

7/19/2006

Sainte Messe des Noirs


Le Père Laval n’hésitera pas à contourner certaines pratiques discriminatoires dans l’Eglise.

A peine cent cinquante Blancs assistaient à la messe ; les Noirs étaient au nombre de dix et se composaient essentiellement de personnes âgées.

A cette époque, les funérailles des Noirs se faisaient devant l’église. Le cercueil était posé sur deux pierres, entre la fontaine et l’église, et c’était là que le prêtre venait le bénir. Pour eux donc, point d’église à leur mort. De leur vivant ils pouvaient entrer à l’église mais ils étaient relégués au bas et complètement séparés des Blancs par une balustrade.

Que fit le Père Laval ?
Il se rendit compte qu'à midi, les maîtres se reposaient et les administrations étaient fermées. Les serviteurs étaient libres à ce moment là. Il fit donc chaque dimanche, à midi une messe spéciale à laquelle les Noirs assistèrent au début timidement, derrière la balustrade, au fond de la nef de la cathédrale de Port-Louis.
Mais, le Père Laval leur fit rapidement signe d'occuper les premiers rangs et les Noirs avaient enfin accès au chœur. La balustrade disparut ensuite discrètement.

« Une messe pour les Noirs, vous n'y pensez pas, lui fit remarquer un collègue. Cela ne s'est jamais fait. Il n'y a qu'à le laisser faire ; de lui-même, il reconnaîtra son erreur. »
Cette « Sainte Messe des Noirs » fut un acte héroïque. Le Père Laval eut bien de la peine à obtenir la permission de laisser entrer ces pauvres gens à l’église, pour leur faire entendre la messe. On prétendait que l’Eglise n’était pas faite pour ces gens ! Qu’on n’avait jamais admis les Noirs dans l’église… Qu’ils la saliraient par leurs crachats… Le Père Laval répondait : « Mais enfin, maintenant qu’ils sont baptisés, il y a obligation pour eux d’assister aux saints offices… Je leur recommanderai de ne pas cracher par terre ! »

4/24/2006

Docteur en médecine

Bien que doué de moyens ordinaires, mais grâce à un travail assidu, Jacques-Désiré Laval, réussit bien là où d’autres échouaient. Il soutint avec succès le 21 août 1830 sa thèse « essai sur le rhumatisme articulaire », qui était une maladie fréquente et très mal connue à l’époque, et qui s’avérera un thème fort utile pour ses futurs clients.

Quelques jours après qu’il eût reçu son titre de docteur en médecine, ce fut une grande joie pour lui d’offrir à son oncle Nicolas sa thèse de doctorat (25 pages), conservée aujourd’hui aux Archives Spiritaines de Chevilly-Larue.

Y sont décrits les symptômes généraux et locaux du rhumatisme articulaire aigu, son évolution puis Jacques Laval étudia le rhumatisme chronique. Il donna comme directives dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu :
- modérer l’intensité des symptômes locaux et généraux ;
- favoriser la tendance de la nature vers la guérison ;
- éloigner tout ce qui pourrait la contrarier dans sa marche.
Il ajouta que « le médecin devra se garder de troubler la marche de la maladie par des médications intempestives ». On peut lire sur la page de garde ces quelques mots : « Dédié à la mémoire de mon père en témoignage de respect, de gratitude et d’amour filial. Eternelle gratitude aussi à mon oncle pour tout ce qu’il a fait pour moi. »

Jacques-Désiré Laval décida de parfaire sa formation en restant un an ou deux à la faculté. Mais, les « Trois Glorieuses » allaient passer par-là. La Révolution de 1830 éclata et un climat d’insécurité se développa. Jacques-Désiré s’était même vu contraint un jour de dépaver les rues et de dresser des barricades. Ces émeutes ramèneront le jeune docteur en Normandie.

2/13/2006

Les 90 bougies du cardinal Jean Margéot

Personnalité du XXe siècle, Jean Margéot a fêté son 90e anniversaire.
Au sommet de son apostolat est la béatification du Père Jacques-Désiré Laval le 29 Avril 1979 à Rome, et dix ans plus tard, il reçoit la visite de Jean-Paul II à Maurice et à Rodrigues, à la mi-Octobre 1989.
Logeant à Bonne-Terre depuis sa retraite, le cardinal avait été hospitalisé en octobre. Homme de tous les combats, il a œuvré pour que ses fidèles, après l’Indépendance, s’engagent dans le pays et n’émigrent pas. Intervenant sur des enjeux nationaux et politiques, il s’est souvent attiré les foudres des politiques, désireux de le confiner aux limites de sa sacristie. Ses amis viennent de lancer un site web : www.jeanmargeot.com.

1/25/2006

Comment devient-on saint ?

Le père Jacques Désiré Laval est d’ores et déjà considéré comme “saint” par certains. Mais il n’est que bienheureux. Béatifié le 29 avril 1979 à Rome, il pourrait être canonisé. Le postulateur de la cause est le prêtre Gérald Bowe qui réussit à convaincre les membres du jury du pouvoir de guérison de Père Laval. Le procès de canonisation devrait s’ouvrir si des preuves de nouveaux miracles sont portés au dossier. La béatification est l’acte par lequel le pape place une personne au rang des " bienheureux " (en latin beati). La canonisation est celui par lequel il l’inscrit sur la liste officielle (canon) des saints.

Béatification et canonisation ont pour but, de la part de l’Eglise, de proposer en exemple au peuple chrétien le témoignage d’un de ses membres défunts et d’autoriser un culte public en son honneur. Ce culte public se traduit par l’attribution d’un jour de fête au calendrier (généralement le jour anniversaire du décès, et donc de la "naissance au ciel "). Le culte public se traduit aussi par la possibilité d’exposer des images et des reliques dans les églises ; en outre, le saint ou le bienheureux peut être pris comme patron (de personnes, de paroisses, etc).

C’est précisément dans le degré d’extension du culte public que réside la principale différence pratique entre béatification et canonisation. Le culte public du bienheureux est limité ; il n’est autorisé que là où le Saint-Siège le prévoit. Au contraire celui du saint, auquel l’Eglise accorde plus d’importance, est autorisé, voire même prescrit, partout dans l’Eglise universelle.

La canonisation est par ailleurs une sentence définitive, irréformable, sur la sainteté de la personne. C’est une proclamation qui engage l’autorité suprême du pape, et qui touche au dogme de l’infaillibilité pontificale.

L'express, Tania Huët,

Père Laval et Jean-Paul II


« C’était un homme exceptionnel.
C’était le pape Jean-Paul II.
Il m’a été donné de le rencontrer à plusieurs reprises.

Ce qui me frappait toujours chez lui, c’était son côté humain. Il restait accessible et il était un homme d’une grande simplicité. Jean-Paul II avait une affection particulière pour l’île Maurice. Le père Laval fut le premier béatifié de Jean-Paul II. Et il donna à Maurice son premier cardinal. Il avait un regard particulier sur le travail accompli à l’île Maurice. Sa visite à Maurice, à Rodrigues et à La Réunion a été un événement dont on se souviendra pendant de nombreuses années. »

Cardinal Jean Margéot

1/12/2006

Zamor Bongoût et l'église de Sainte-Croix



En 1848, dans la Vallée-des-Prêtres, Zamor Bongoût - un nom approprié pour cet esclave indien de Pondichéry, affranchi et devenu un restaurateur fortuné - fut touché par la grâce. Il possédait à la Prairie, au nord de la capitale un lot considérable de terrains avec une maison de campagne.

Zamor vint trouver le Père Laval pour lui dire « qu’il avait de grandes actions de grâces à rendre à Dieu qui l’avait toujours béni et que maintenant, il désirait lui témoigner sa reconnaissance d’une manière convenable ».
- Et que voulez-vous faire pour cela ? demanda le Père Laval.
- Je veux bâtir une chapelle en l’honneur de Dieu, répondit Zamor.
- Mais en quel endroit voulez-vous construire cette chapelle ?
- A la prairie, sur une des extrémités de ma propriété.
- Mais il n’y a personne à cette endroit, répartit le bon Père, c’est le plus désert de tous les environs.
- Peu importe, ils y viendront.
- Eh bien ! Monsieur Zamor, faites cette chapelle ; elle portera le nom de « chapelle de la Sainte-Croix », conclut le Père Laval.

C’est ainsi que Zamor se mit à l’œuvre et au bout de huit mois, la chapelle fut achevée. Il remit au Père Laval les clefs d’un élégant sanctuaire d’environ quarante pieds de long, sur dix-huit de large, de deux cents places, construit en dur, muni de bancs, d’un autel et des ornements nécessaires pour célébrer la messe.

Mgr Collier vint la bénir le dimanche de la Sainte-Trinité, le 18 juin 1848. Bientôt, la chapelle accueillit une foule si nombreuse qu’on fut forcé de l’agrandir.
En juin 1850, la veille de son départ pour l’Europe, Monseigneur Collier bénit la première pierre de la nouvelle église. Sa Grandeur fut reçue à la petite chapelle par les missionnaires et par tous les hommes du quartier, portant les instruments de travail : marteaux, scies, pinces… Elle devint l’église la plus spacieuse du diocèse après la cathédrale.
Evidemment, la Prairie avait perdu son nom pour s’appeler dorénavant « Sainte-Croix ». Cette chapelle était chère entre toutes au Père Laval.

1/09/2006

Salut du pape Jean-Paul II, le dimanche 15 octobre 1989, à Sainte-Croix


"Vous savez combien j'aime le Père Laval. Je vous aime autant. Continuez à suivre son chemin."
Jean-Paul II
Le 15 octobre 1989

1/02/2006

Dernière lettre du Père Laval


Ayant comme le pressentiment de sa mort prochaine, le Père Laval recueillit encore une fois ses forces épuisées pour adresser le 5 septembre 1864, dans une lettre à l’une de ses sœurs, Mme Cadot, quelques paroles de consolation, de salutaires conseils, et lui donner, ainsi qu’à toute sa famille, un saint rendez-vous dans l’éternité : « J’ai grande hâte de voir la fin des misères de la vie. Je ne crois pas que la fin soit bien éloignée, car je me vois mourir à petit feu… Au revoir, chère sœur, dans l’éternité bienheureuse ! »